L'ordonnance d'application de la loi Egalim
Source : Legifrance
 Nous reportons ci-dessous le texte de l'article 3 de l'ordonnance qui concerne  directement les promotions.

Ordonnance n° 2018-1128 du 12 décembre 2018 relative au relèvement du seuil de revente à perte et à l'encadrement des promotions pour les denrées et certains produits alimentaires.
I. - Les dispositions du présent article s'appliquent aux avantages promotionnels, immédiats ou différés, ayant pour effet de réduire le prix de vente au consommateur de denrées alimentaires ou de produits destinés à l'alimentation des animaux de compagnie.
II. - Les avantages promotionnels, le cas échéant cumulés, mentionnés au I, accordés au consommateur pour un produit déterminé, ne sont pas supérieurs à 34 % du prix de vente au consommateur ou à une augmentation de la quantité vendue équivalente.
III. - Ces avantages promotionnels, qu'ils soient accordés par le fournisseur ou par le distributeur, portent sur des produits ne représentant pas plus de 25 % :
Du chiffre d'affaires prévisionnel fixé par la convention prévue à l'article L. 441-7 du code de commerce ;
Du volume prévisionnel prévu par un contrat portant sur la conception et la production de produits alimentaires selon des modalités répondant aux besoins particuliers de l'acheteur ;
3° Des engagements de volume portant sur des produits agricoles périssables ou issus de cycles courts de production, d'animaux vifs, de carcasses ou pour les produits de la pêche et de l'aquaculture.
Pour l'application des dispositions du présent III, la convention mentionnée au 1°et le contrat mentionné au 2° fixent respectivement un chiffre d'affaires prévisionnel et un volume prévisionnel.
IV. - Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux produits périssables et menacés d'altération rapide, à condition que l'avantage promotionnel ne fasse l'objet d'aucune publicité ou annonce à l'extérieur du point de vente.
V. - Tout manquement aux obligations du présent article par le fournisseur ou le distributeur est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € ou la moitié des dépenses de publicité effectuées au titre de l'avantage promotionnel pour une personne morale. L'amende est prononcée dans les conditions prévues à l'article L. 470-2 du code de commerce. Le maximum de l'amende encourue est doublé en cas de réitération du manquement dans un délai de deux ans à compter de la date à laquelle la première décision de sanction est devenue définitive.

ANALYSE DE LA LOI PAR ETIENNE PETIT
Décryptage promotion de Philippe ingold

Les grandes lignes de la loi étaient déjà bien connues, à savoir une limitation de l'avantage à 34 % du PVC du produit et à 25 % des volumes vendus sur les denrées alimentaires. Mais restaient à définir les modalités exactes de ces principes. Le texte de l'ordonnance apporte quelques précisions mais très insuffisantes et sujettes à discussions. Il semble notamment que les rédacteurs du texte n'aient pas pris en compte la diversité des modes d'action de la promotion, au delà des remises directes. La DGCCRF devrait publier un document pédagogique qui, nous l'espérons, apportera des précisions concrètes et opérationnelles.
Nous ne sommes pas juriste et nous n'allons donc pas prendre position sur les interprétations possibles. Nous allons seulement tenter d'émettre quelques réflexions sur des situations concrètes.

avantages promotionnels, immédiats ou différés, ayant pour effet de réduire le prix de vente au consommateur
La notion d'avantages promotionnels est très large. Elle aurait même pu s'appliquer à des avantages non financiers comme les primes, si n'avait été précisée la notion de réduction du PVC.
Le caractère immédiat ou différé implique qu'au delà des remises immédiates classiques, assez faciles à identifier, pourraient être concernées toutes les techniques promotionnelles financières différées : bon d'achat, ticket, bon d'achat cagnotte, mais aussi les ODR
Mais la précision suivante," l'effet de réduire le prix de vente au consommateur" est essentielle. Le texte d'origine indiquait en effet que les avantages promotionnels ne devraient pas être supérieurs à 34% du prix de vente au consommateur. Le PVC était alors ici une simple référence. Dans la rédaction définitive, on parle d'un effet de réduction du PVC, donc à priori effectivement pratiqué. Devraient donc en bonne logique être exclus du périmètre de la loi les avantages différés ! Il y a donc une contradiction dans le texte ce qui ouvre le champ à des interprétations divergentes.
Le bon de réduction est un avantage immédiat qui a bien pour effet de réduire le prix effectivement payé. Cette technique semble donc bien concernée par la loi. Mais notons que la valeur faciale est le plus souvent inférieure à 34 %.
Qu'en est-il du bon d'achat "direct" ou "trafic, c'est à dire non conditionné par un achat précédent ? Il réduit bien le PVC et devrait également être concerné sur les produits alimentaires. Mais là aussi, les réductions habituelles sont inférieures à 34 %, très souvent 20 % (par exemple 20 € pour 100 € minimum d'achat.
Les avantages promotionnels, le cas échéant cumulés
Cette précision soulève de nombreux problèmes opérationnels. Elle implique notamment que soient cumulés les avantages accordés de façon séparée par le distributeur et le fabricant. Ceci limite de fait la liberté d'action du fabricant, notamment dans la diffusion de bons de réduction, pour éviter un cumul avec une offre distributeur. Problèmes aussi pour des offres financières "on-pack" (remise, gratuité) qui ne pourraient être exploitées qu'en accord avec le distributeur pour éviter un cumul des avantages. De fait, ceci obligerait le fabricant à ne faire porter sur ses packs que des mentions littéraires, sauf dans le cadre d'opérations "trade" bien coordonnées.
Une façon élégante de résoudre ce problème est de recourir à des formats spéciaux, offrant un avantage économique non précisé mais sur lequel peuvent s'appliquer des avantages distributeurs inférieurs à 34 %.
34 % ou une augmentation de la quantité vendue équivalente.
Cette précision ne manque pas de soulever un problème d'interprétation sur la gratuité en plus (le girafe ou le plus-pack), avantage très courant sur les produits alimentaires.
En toute logique économique, l'avantage correspond bien à une remise de 33,3 % sur le produit acheté. Mais le texte est ici particulièrement  précis puisqu'il interdit une augmentation de quantité vendue équivalente supérieure à 34 %. En principe, le + 50 % ou le 4+2 devraient donc être interdits.
pas plus de 25 % du chiffre d'affaires prévisionnel ou du volume provisionnel
On entre ici dans une usine à gaz. Le texte ne précise sur quelle base devrait être calculée cette limitation : référence, produit, marque, catégorie, fournisseur.
Si selon une certaine logique le périmètre du fournisseur était pris en compte, de nombreuses questions se poseraient. Avec le volume, il faudrait souvent additionner "des torchons et des serviettes". Mais avec le chiffre d'affaires, celui-ci est mécaniquement diminué des avantages promotionnels immédiats, ce qui permettrait alors de dépasser allègrement le taux de 25 % ...Le Sénat, lors des débats sur le projet, avait imaginé de calculer en valeur avant remise, mais cette proposition n'a pas été retenue.
Le problème d'application le plus aigu va sans doute venir de la difficulté de rapprocher les chiffres des distributeurs et des fabricants, puisque c'est leur cumul qui doit être pris en compte. Le fabricant ne peut connaitre l'ensemble des avantages offerts par l'enseigne sur ses produits. Et inversement.
C'est difficile mais encore possible sur les avantages immédiats, mais comment intégrer les avantages différés dans la calcul sachant que ceux-ci ne sont pas systématiquement utilisés par le shopper ?
De belles nuits blanches en perspective !

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Le droit de la promotion
et de la communication commerciale
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Animation :
Etienne Petit

Avocat à la Cour
Paris Saint-Lazare
4 avril, 18 juin, 3 octobre, 3 décembre
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Le cagnottage concerné par la loi Egalim ?
Sources : prospetus Auchan - janvier 2019 - LSA 3 janvier 2019
Sur les premiers prospectus de l'année, apparaissent encore de nombreuses opérations de cagnottage avec des taux élevés, supérieurs à 34 %, comme ci-joint chez Auchan (70 %), ou comme chez Carrefour (50 %).
On pourrait imaginer que ces enseignes sont en phase de transition et avaient déjà programmé leurs opérations au moment de la publication des ordonnances. Mais d'une part cette disposition n'était pas une surprise et d'autre part, Auchan annonce un renouvèlement chaque semaine.
Ceci semble en contradiction avec le consensus qui semblait s'être établi comme quoi le cagnottage entrait dans le périmètre de la loi, en tant qu'avantage différé.
Décryptage promotion de Philippe ingold

On peut avancer que certaines enseignes, notamment celles qui vont le plus souffrir des nouvelles règles parce que très utilisatrices de promotions (gros hypermarchés) tiennent à conserver des dispositifs forts, générateurs de trafic et d'image prix. Et acceptent ainsi à prendre quelques risques juridiques pour conserver leur attractivité, sachant qu'elles enregistrent déjà des résultats en forte baisse.
Or, il semble que cette position puisse être raisonnablement défendue., comme le démontre l'excellent article d'Yves Puget de LSA, dont nous reprenons les conclusions ci-dessous.


L’intention du législateur et l'esprit des EGA est donc d’encadrer les promotions sur les denrées alimentaires quelle que soit leur forme. D’ailleurs les débats parlementaires incluaient le cagnottage dans le champ du plafonnement. Et la rédaction de l’ordonnance a évolué afin de viser les avantages différés (alors que cette précision ne figurait pas dans la 1ère version)

Dès 2008, le cagnottage a été défini par les parlementaires comme « une technique de fidélisation consistant à reporter le montant d’une réduction sur une cagnotte ». Le cagnottage caractérise donc une réduction de prix (différée), ce qui correspond au texte de l’ordonnance.
Mais tout le monde n'a pas la même interprétation du texte de loi. Certains professionnels rétorquent que la rédaction de l’ordonnance a évolué, la version définitive précisant que les avantages doivent avoir « pour effet de réduire le PVC » (précision inexistante auparavant). Or, du point de vue des produits déclencheurs des Avantages Consommateurs, leur PVC n’est pas strictement affecté. Il n’y a donc pas d’avantage promo ayant pour effet de réduire leur PVC. Sans oublier que du point de vue des produits cibles (achetés par le client lors de l’utilisation de la cagnotte), il n’est pas possible d’affecter les Avantages Consommateurs cagnottés puisque le panier comprendra des produits dans le champ de l’ordonnance (alimentaires) et hors champ (non alimentaires)
Dans le cas d’un éventuel futur contentieux, des juristes évoquent déjà « l’application du principe de légalité des délits et des peines qui commande qu’une infraction soit définie de manière précise et complète ». Dans tous les cas, ce serait une porte ouverte pour contester en justice une application large du texte. « C’est clair que les interprétations sont nombreuses et contradictoires, dans l’attente de l’interprétation qu’en donnera l’administration...en attendant celle du juge, lequel in fine tranchera », conclut un avocat.


 
La fin du mot gratuit un peu lente
Source : prospectus Auchan - janvier 2019
La loi dite Egalim (ex Travert) a été votée le 2 octobre dernier. Elle exprimait ses grands principes en laissant les ordonnances (finalement publiées le 12 décembre) en fixer les détails.
Mais la loi contenait une disposition assez surprenante et tout à fait inutile, l'interdiction du mot gratuit dans les offres promotionnelles, tout en n'interdisant pas de synonymes, comme notamment le terme offert.
Beaucoup de bruit pour rien, ou pas grand chose donc, mais des difficultés de mise en œuvre.
Surtout pour les industriels qui doivent modifier leurs packs ou compter sur l'indulgence des organismes de contrôle dans une période de transition.
Dans le prospectus ci-joint publié début janvier, on voit que l'enseigne applique bien cette nouvelle règle en utilisant le terme offert, tout comme la marque Activia. Quant à Andros, la marque n' a pas pu prendre de dispositions suffisamment tôt.
Dans l'ensemble du prospectus, la mention offert sur les packs est encore exceptionnelle .
Il semble bien que la grande majorité des industriels n'ai pas procédé à la destruction d'emballages pour se conformer à cette règle.
Décryptage promotion de Philippe ingold

Le mot gratuit ne faisait de mal à personne et n'était pas mensonger. Il était plutôt efficace en termes de communication. Pourquoi donc l'avoir interdit, alors que personne ne le demandait et que les acteurs concernés n'ont pas été consultés ? Sans doute, parce que la promotion (tout comme le marketing dans son ensemble) est considérée par les parlementaires et l'administration comme une incitation à surconsommer et à gaspiller. C'est sans compter sur les attentes des shoppers peu aisés qui y trouvent un moyen efficace d'optimiser leur pouvoir d'achat. Tiens tiens ! pourquoi ne pas aborder ce sujet dans le "grand débat" qui s'annonce, en demandant l'abrogation du volet promotionnel de la loi Egalim ? (qui n'aura probablement aucun effet positif sur le revenu des agriculteurs ). Je plaisante bien sûr ! Quoique ....


 
Les limites de la gratuité en plus
Source : prospectus Auchan - janvier 2019
Le texte précise que l' avantage ne doivent pas dépasser 34 % du PVC ou une augmentation de la quantité vendue équivalente. La question qui se pose est la suivante : un girafe "+50 %" ou un plus-pack "4 achetés + 2 offerts" offre-t-il un avantage de 33,3 %, autorisé, ou de 50 %, interdit ?
En toute logique économique, l'avantage correspond bien à une remise de 33 % sur le produit acheté. Mais le texte est ici particulièrement  précis puisqu'il interdit une augmentation de quantité vendue équivalente supérieure à 34 %. En principe, le + 50 % ou le 4+2 devraient donc être interdits.
NB : la mention gratuite devra bien sûr être remplacée par offert ou un autre synonyme (voir supra)
Décryptage promotion de Philippe ingold

Il semblerait pourtant que les fabricants et distributeurs aient développé un consensus pour privilégier l'interprétation économique, permettant de maintenir des opérations de gratuité attractives, notamment sur des catégories très bataillées. Et de prendre un petit risque juridique, avant une précision éventuelle ou des contrôles tolérants.
En tout état de cause, le problème peut être résolu par un simple changement de communication, le 4+2 devient alors un 6 dont 2, et le 500g + 250g devient un 750g, dont 250 g offert. Peut-être moins impactant mais plus conforme au texte.


 
Les remises sur les formats promotionnels
Source : prospectus Auchan - janvier 2019
Les nouvelles règles devraient fortement développer la pratique des formats spéciaux ou promotionnels, en volume ou en unités offrant un avantage économique non précisé. Les distributeurs pourront alors appliquer une remise affichée inférieure à 34 %. Mais en fait supérieure en termes de prix au kilo, ou en unités de consommation.
Prenons un exemple :
Soit une référence standard de 200 g vendue habituellement 2 € (10 € / kg)
La marque crée un format promotionnel de 400 g vendu 3 € (7,50 € /kg)
Elle pratique donc une réduction du prix au kilo de 25 %.
Le distributeur propose cette référence en lot virtuel 3 pour 2, soit 1200 g à 6 € (5 € /kg).
La réduction effective au kg est donc ici de 50 %.
Décryptage promotion de Philippe ingold

C'est assez facile à mettre en œuvre et élégant. Problème : le shopper ne voit apparaitre que le taux de 33,3 % (3 pour 2). L'opération peut donc lui sembler moins attractive qu'avec un taux de remise affiché élevé. Or l'efficacité d'une promotion est facteur de la perception de son intensité par le shopper.
Autre question : les organismes de contrôle vont-ils être dupes de ce contournement ? Sans doute pas mais celui-ci ne nous semble pas pouvoir être mis en cause dans la rédaction actuelle du texte.
Notons enfin que dans l'hypothèse dans laquelle la loi concernerait bien aussi le cagnottage, ce dernier serait aussi susceptible d'utiliser cette méthode.


 
Cora propose des kits pour la collecte des banques alimentaires
Source : prospectus Cora - novembre 2018
Pour aider les shoppers à participer à la traditionnelle collecte de la banque alimentaire, Cora a imaginé un dispositif astucieux. Trois kits de produits Cora à 3, 4 et 5 €, avec des thématiques adaptées à des cibles pertinentes, étudiants, bébés, familles.
Il suffit au shopper de passer un bon en caisse, dont la valeur sera ajoutée au montant de ses achats.
Cora remettra alors directement les produits choisis à la banque alimentaire.
Rappelons que la collecte se fait habituellement par des bénévoles qui remettent des sacs à l'entrée du magasin, informent le shoppers de l'opération et reçoivent en sortie de caisse des produits choisis par les participants. L'association se charge alors de livrer les produits à la banque alimentaire.
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C'est à priori très intelligent. L'idée du kit est très concrète et permet au shopper de s'approprier la démarche. Ce dernier n'a pas besoin de se casser la tête pour choisir les produits adaptés. Cora fait indirectement la promotion de ses marques propres. Il n'y a plus besoin de bénévoles et l'association n'a pas à organiser la livraison des produits, véritable casse-tête. Enfin, la banque alimentaire reçoit des produits adaptés aux besoins et sans faire de tri fastidieux et chronophage.
Tout est-il donc pour le mieux ? Et non ! sans doute pas.
En effet, l'intérêt de la collecte traditionnelle réside dans l'implication de ses participants. L'association tout d'abord bénéficie d'une forte visibilité. Les bénévoles font une action gratifiante avec des résultats concrets immédiats. Les shoppers font une action impliquante : ils choisissent les produits et les remettent aux bénévoles. C'est concret et gratifiant. Enfin, les magasins, en permettant et facilitant cette action, développent une image de solidarité.
Mais, ces deux types d'action ne s'excluent en aucune façon. Leur combinaison permet de toucher plusieurs types de cibles et optimiser l'efficacité de la collecte.


 
Les box cadeaux à fond dans la promotion
Source : prospectus Auchan - décembre 2018
Le marché des box cadeaux qui proposent des prestations de services est plutôt à saturation et fait l'objet d'une vive concurrence.
Notons que ces box sont souvent utilisés en dotation de jeux trade.
Quand il y a concurrence forte, la promotion est souvent exploitée pour renforcer l'attractivité des offres.
Nous avons donc noté cette page d'un prospectus Auchan qui communique sur les opérations promotionnelles de trois acteurs majeurs de ce marché : Dakotabox, Smartbox et Wonderbox-Vivabox.
Premier constat commun : les avantages proposés ne sont pas financiers.
Dakotabox et Smartbox offrent des "primes services", respectivement une place de festival et 2 activités loisirs.
Wonderbox propose un jeu par tirage au sort avec obligation d'achat, avec comme dotation "l'activité de vos rêves".
Décryptage promotion de Philippe ingold

Il y a une certaine logique à voir des "produits loisirs" exploiter leurs propres univers comme dotations de leurs opérations. Cela renforce leur attractivité, crée une différenciation sans affecter leur politique de prix.


 
Intermarché fait jouer toute l'année sur son appli
Source : prospectus Intermarché - décembre 2018 - https://www.intermarche.com/home/50ans.html
A l'occasion de ses 50 ans, Intermarché propose de jouer toute l'année sur son appli ou sur la borne magasin. Pour participer, il suffit de scanner le ticket de caisse sur l'appli ou la borne et de découvrir son gain immédiatement. Il s'agit donc d'un jeu par instants gagnants et obligation d'achat. L'achat d'un produit partenaire (actuellement des MDD) permet d'avoir une chance supplémentaire de gagner (sur l'appli seulement)
L'opération se déroule tout l'année, précisément sur 50 semaines différentes amis avec deux dispositifs différents : le jeu de la semaine qui change totalement, du thème au règlement et à la dotation et le jeu des 50 ans qui reste identique mais avec des dotations différentes.
Actuellement, il est possible de gagner le remboursement de 50 % de ses courses de l'année.
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Au delà d'un enjeu d'animation de l'enseigne, il s'agit de générer une utilisation régulière de l'appli pour en faire un outil de base du parcours d'achat. En effet les applis d'enseigne qui intègrent de plus en plus de fonctions constituent aujourd'hui un enjeu stratégique. A terme, avec la fonction paiement et l'intégration de la carte de fidélité, le mobile va constituer le levier de la relation client avec le shopper.
Sur le plan du mécanisme, on notera le principe du scannage du ticket de caisse, plus convivial que la saisie d'un code, toujours laborieuse.
En revanche, on ne voit pas trop l'intérêt de l'existence de deux dispositifs de jeux qui compliquent inutilement la compréhension de l'opération.


 
Le cagnottage cumulatif avec CasinoMax
Source : prospectus Casino - novembre 2018
Avec CasinoMax, l'appli "couteau suisse", Casino propose une forme nouvelle de promotion. Le principe ? En achetant 10, 20 ou 30 produits de marques déjà en promotion, en une ou plusieurs fois, vous pouvez en outre cumuler sur votre carte, 5,15 ou 30%, soit un avantage complémentaire moyen de 0,5 à 1 € par produit. Cerise sur le gâteau, en activant l'offre et en achetant au minimum 10 produits, vous participez automatiquement à un tirage au sort, avec une très belle dotation. L'opération s'est déroulée du 29 octobre au 2 décembre.
Décryptage promotion de Philippe ingold

L'opération incite à chasser les marques participantes dans le point de vente avec à la clé une optimisation de l'efficacité des opérations sur chaque produit et une augmentation du panier moyen et du taux de nourriture de l'enseigne sur la période. L'avantage (jusqu'à 1 € par produit) est très attractif. La période d'action de 5 semaines est suffisante pour atteindre le graal des 30 produits achetés. Le mécanisme, lié à l'utilisation de l'appli, est peut-être un peu compliqué, au moins dans une phase d'apprentissage. Mais il est aussi très ludique avec un objectif à atteindre en participant à cette "course aux marques", appellation plutôt bien trouvée.
L'opération répond aussi à un objectif spécifique de l'enseigne, à savoir populariser l'utilisation de l'appli et ses différentes fonctions.
Il est par ailleurs intéressant de noter à quel point une appli bien exploitée permet de renouveler et d'enrichir les techniques promotionnelles.
On peut s'interroger sur la légalité d'un tel dispositif au regard de l'interdiction de la revente à perte et du respect de la nouvelle règle des 34 % (si le cagnottage est bien concerné). En effet c'est le cumul des avantages promotionnels qui est alors pris en compte. Mais l'avantage étant cumulatif, il ne peut pas être affecté sur chaque produit, d'autant que des produits non-alimentaires sont concernés. A vérifier avec un juriste ....


 
Le club Aoste ferme ses portes
Source : https://aoste.fr/club-not-logged-in/

Ce club marque avait pour principe de base de cumuler des étoiles, transformables en cadeaux et aussi profiter de bons de réduction et de contenus exclusifs.
Les étoiles étaient obtenues en qualifiant son profil, en parrainant un amis, en participant à des jeux ou à des quizz, en partageant des infos, recettes ou post.
Mais pas en réalisant des achats de la marque. Le club était donc purement relationnel.
Aoste annonce donc la fermeture du club en renvoyant les membres sur sa page Facebook pour découvrir des contenus.

 

Décryptage promotion de Philippe ingold

Cette fermeture n'est pas un évènement en soi mais semble démonter le faible impact et donc l'absence de rentabilité d'une telle démarche pour une marque isolée. Les avantages ne peuvent qu'être faibles, les contenus limités en termes d'intérêt, et pas proportionnés avec la contrainte de suivre spécifiquement la marque. La démarche ne peut être couronnée de succès qu'avec une masse critique de marques, comme dans les grands programmes relationnels, comme "ma vie en couleurs", croquons la vie, envie de plus, ... qui peuvent avoir plusieurs millions de membres, et ceci depuis souvent une vingtaine d'années.


 
Carrefour invente la prime carrefour
Source : prospectus Carrefour - janvier 2019
Carrefour dit avoir invité un nouveau mécanisme, à savoir une "prime carrefour", en fait un bon d'achat de 10 €, à valoir sur 30 € d'achat dans la catégorie boucherie. Rien que du très très classique ! La nouveauté vient toutefois d'une communication assez impactante sur une page entière du prospectus.
Décryptage promo de Philippe ingold
Il va être intéressant d'observer si Carrefour fait de ce mécanisme un outil central de sa politique commerciale et qu'il l'applique à de plus nombreuses catégories.
Ce pourrait en effet être une réponse aux contraintes de la loi Egalim puisque l'avantage est inférieur à 34 % (et aussi que ce mécanisme de bon d'achat n'est pas à priori concerné).
Mais notons que ce principe de bon d'achat n'est pas vraiment opérationnel pour des catégories occupées par des marques nationales. Celles-ci cherchent en effet, en contrepartie d'une participation, un avantage concurrentiel et de la visibilité.
 
Carrefour joue le pouvoir d'achat
Source : Source : prospectus Carrefour - janvier 2019
Nous sommes en pleine période de discussion sur le pouvoir d'achat. Carrefour met en scène cette problématique de façon assez forte en utilisant les codes couleurs de la nation française.
Mais, le thème du "encore moins cher" est un peu éculé et pas très légitime pour cette enseigne. On peut donc douter de son efficacité. Qu'apporte Carrefour, comme preuve de cette assertion ? 50 % en cagnotte sur quelques articles alimentaires, pas plus spectaculaire qu'avant et pas plus fort que la concurrence, avec en outre une interrogation sur sa légalité.
Décryptage promo de Philippe ingold

Ce sont les gros hypermarchés qui utilisent le plus la communication prospectus et proposent le plus d'opérations promotionnelles qui vont mécaniquement le plus souffrir des nouvelles dispositions. D'où la nécessité de trouver des parades efficaces. Pas sûr que Carrefour les aient trouvées !


 
Du cagnottage à 80 % chez Casino
Source : prospectus Casino - novembre 2018
A l'occasion du Black Friday, Casino propose une sélection de produits avec un taux de cagnottage assez inédit de 80 %.
On remarquera que Casino a baptisé son opération "crazy week", renforçant ainsi son caractère exceptionnel et ne fait pas référence au Black Friday, tout en adoptant des codes couleurs assez violents rappelant cet évènement.
Décryptage promo de Philippe ingold

Le standard de la promotion exceptionnelle était jusqu'alors fixé à 70 %, que ce soit en remise ou en cagnottage.
On notera toutefois l'existence assez exceptionnelle d'opérations "remboursement de 100 % en cagnotte" mais sur un seul produit sur une seule journée.


 
Monoprix bonifie ses promotions avec son appli
Source : prospectus  Monoprix - novembre 2018
L'enseigne propose de bénéficier d'un avantage supplémentaire de 20 % en cagnotte sur la sélection de produits déjà en promotion avec une remise ici de 30 %.
Il faut tout d'abord télécharger l'appli Monoprix et Moi, activer les offres sélectionnées et présenter la carte de fidélité en caisse. Les réductions sont alors créditées sur la cagnotte.
Décryptage promo de Philippe ingold

Ce bonus de 20 % est plutôt attractif et en fait plutôt facile à obtenir, une fois l'appli prise en main, même si une phase d'apprentissage est nécessaire.
Notons que les 20 % s'appliquent sur les prix remisés, ce qui correspond à en fait à 14 % sur le prix de référence. Et donc un avantage cumulé de 44 %.
Contrairement à l'opération CasinoMax décrite ci-dessus, l'avantage peut être affecté à chaque produit, avec un cumul d'avantage supérieur à 34 %. Sa légalité va donc dépendre de l'interprétation de la loi Egalim.


 
Casino offre des coussins pour la fête des rois
Source : prospectus Géant et Casino - décembre 2018
Pour 3 galettes ou brioches des rois achetés chez Géant ou Casino, le shopper peut s'offrir un coussin pour 2 € au lieu de 20 € (montant pas très réaliste ...).
Les coussins représentent des "émojis" et sont disponibles en 4 modèles à collectionner. Il suffit de collecter 3 points inscrits sur les tickets et de les présenter en caisse pour bénéficier de l'offre.
Décryptage promo de Philippe ingold

C'est une opération intéressante sur un produit qui est consommé tout le long du mois de janvier et a encore sans doute un potentiel de développement.
Intéressante parce qu'elle propose pour un prix symbolique (2 €) un objet utile et amusant, que tout le monde peut s'offrir sans problèmes pour se faire plaisir.
D'un point de vue technique, c'est une prime autopayante qui s'apparente aux maintenant fameuses "réductions vignettes", mais avec des exigences de participations beaucoup plus accessibles.
Une voie à suivre ?


 
Leclerc se lance dans la distribution d'électricité
Source : https://www.energies.leclerc/offre-electricite
De nombreux opérateurs dans le domaine de l'énergie concurrencent aujourd'hui EDF dans la distribution d'électricité.
Les réductions sur les tarifs de consommation est habituellement de l'ordre de 10 %. Cdiscount vient d'arriver sur ce marché en proposant une économie de 15 %, supposée être la plus généreuse du marché.
C'est là qu'intervient Leclerc avec une offre originale, à savoir le choix entre une remise de 10 % HT sur la conso déduit de la facture (classique) ou 20 % de la conso HT crédité sur la carte Leclerc.
Décryptage promotion de Philippe ingold

Avec cette offre, Leclerc a l'offre la plus compétitive du marché, mais surtout met en place un formidable outil de recrutement et de fidélisation. L'offre arrive en outre parfaitement à propos au moment de discussions sur le pouvoir d'achat et la transition écologique, tout en confortant l'image de Leclerc dans son combat affirmé en faveur du pouvoir d'achat. Bien joué !


 
Géant invente une nouvelle formulation du gratuit
Source : https://www.geantcasino.fr/bons-plans-du-moment/catalogues/
La mention "gratuit" est maintenant interdite sur les promotions des denrées alimentaires. Mais pas ses synonymes. C'est le terme offert qui semble avoir aujourd'hui toutes las faveurs, même s'il est incontestablement moins fort.
Le groupe Casino semble avoir trouvé une solution élégante et forte en annonçant une réduction de 100 % sur le troisième article d'un lot de 3 (c'est à dire 33,3 %); principe qui peut se décliner. En fait ce n'est que la déclinaison du 50 % sur le deuxième.
On remarquera également que Casino a déjà utilisé une mention 0 € sur le 2ème ou 3ème.
Décryptage promotion de Philippe ingold

Casino est très imaginatif dans l'expression de ses promotions. L'enseigne le démontre encore aujourd'hui. Malheureusement, cette approche n'est opérationnelle que sur les lots virtuels et non sur les plus-pack ou les girafes.


 
Burger King offre une prime à double-détente
Source : https://www.burgerking.fr/page/collection
Du 11 décembre 2018 au 2 janvier 2019, Burger King offrait un mug pour l'achat d'un menu KingSize. Il s'agissait d'une collection de 4 mugs en verre qui ont été distribués dans un ordre déterminé (et qui n'étaient donc pas au choix) et dans la limite de stock disponibles.
Jusqu'ici, rien de très original dans ce secteur. Mais Burger King a ajouté une autre dimension à l'opération : en collectant les 4 vignettes différentes sur l'emballage carton, le client a droit à un menu gratuit parmi les menus King Deal, les menus "moyen" ou "enfant".
Décryptage promotion de Philippe ingold

L'opération est sympathique avec une belle prime et plutôt originale dans sa combinaison prime directe + prime cumulative.
Elle a par ailleurs été bien conçue. La distribution dans un ordre défini encourage notamment la fréquence d'achat au détriment de l'achat groupé.


Philippe Ingold

le décryptage de
Philippe Ingold

 
 
 
 
 
 
 

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